Le Chronographe, musée d’archéologie de Nantes Métropole situé à Rezé, présente sa nouvelle exposition « phare » à partir du 10 avril 2026 pour une durée de 9 mois. Intitulée « Maternités, archéologie de la figure maternelle », elle propose un parcours diachronique consacré au fait d’être mère, dans toutes ses composantes, par le prisme de l’actualité des découvertes archéologiques. L’occasion pour les deux commissaires scientifiques, Cécile De Collasson (CDC) et Valérie Delattre (VD), de se prêter à l’exercice de l’entretien croisé.
Vous avez déjà, par le passé, travailler ensemble sur l’exposition « Prenez soin de vous », en 2019. En quoi « Maternités » en est une suite ?
VD : « Prenez soin de vous » a connu un vrai succès, avec un propos autour des soins et de la santé. Cela nous a donné envie de renouveler l’expérience. Dans le foisonnement de thématiques possibles, la figure maternelle a surgi rapidement – sur une idée de Cécile – s’inscrivant dans un courant de recherches faisant sortir les femmes du passé d’une forme d’invisibilisation. Nous avons souhaité revenir aux fondamentaux de la maternité. Ceux qui confèrent aux femmes le pouvoir de transmettre la vie et d’assurer le renouvellement des générations. C’est une exposition engagée, mais qui n’est pas le résultat d’une grille de lecture militante. Elle repose sur des faits, des données, des analyses, y compris les plus récentes autour de la paléogénétique ou des études isotopiques.
CDC : Bien qu’étant un thème ardu puisque l’exposition montre que la question du genre et la place des femmes dans les sociétés historiques sont très peu documentées historiquement. Nous en avons souvent échangé avec Valérie. La maternité n’est pas un fait intemporel et universel, mais une partie intégrante de la culture, en évolution continue, ce qui rend son étude passionnante.
« Maternités » au pluriel, pourquoi avoir opté pour cette écriture ?
CDC : L’idée est de souligner que la maternité n’est pas une donnée immuable. Elle peut aussi être vécue de façon très différente selon les époques, les milieux sociaux. Il y a toutes sortes de maternités.
VD : J’ajouterai qu’il y a différentes façons d’incarner la maternité. Elle est souhaitée, contrariée, refusée, en deuil, subie, symbolique…
Concevoir une exposition peut être long. Le 10 avril, l’exposition ouvrira aux publics pour 9 mois après deux années de travail. Que retenez-vous de sa création ?
VD : C’est un accouchement symbolique ! Le plaisir d’un travail collectif joyeux et très complémentaire. C’est une équipe très féminine qui a fait ce choix de proposition mais qui ne s’est jamais inscrite en opposition aux hommes et aux pères.
CDC : Une exposition, c’est un va-et-vient constant. Une recherche d’équilibre, au cœur de l’approche du Chronographe, entre l’idée et la matérialité des choses que sont les objets ou la scénographie. Je retiens les contacts et rencontres qu’elle a occasionnés : les chercheurs en archéologie, mais aussi des personnalités issues d’horizons très différents, comme la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, l’artiste Prune Nourry ou encore Boris Cyrulnik.
Toute exposition y va de sa sensibilité. Après ces mois passés à élaborer « Maternités », quelle sera votre première pensée à sa découverte au Chronographe ?
VD : Evidemment, après toutes ces réunions et ces visios de travail, j’ai hâte de la retrouver in situ. Découvrir l’ensemble des objets que nous avons sélectionnés dans ce même lieu sera une grande joie. Une vraie émotion. Car derrière chaque choix, il y a des lectures, des échanges, des renoncements, des argumentations et parfois quelques regrets… Et j’ai hâte de voir comment chacun s’emparera de cette exposition et de son contenu. Elle doit vivre au rythme des envies, des connaissances et des préférences de tous ceux qui auront en charge la transmission de ce que nous avons voulu partager. Dès après l’inauguration, l’exposition appartient à tous ceux qui vont l’animer… Bon vent !
CDC : Découvrir certains objets, que nous avons sélectionnés à partir d’une image, en vrai, c’est toujours une sorte de surprise. La grande diversité des objets réunis promet de démultiplier cet effet de surprise ! Je suis particulièrement impatiente par exemple de découvrir les objets de la tombe d’Aulnat, émouvante sépulture d’enfant de la période romaine découverte près de Clermont-Ferrand. Et impatiente également de découvrir l’effet général de la scénographie, dont les volumes, les couleurs et le graphisme vont donner leur teinte à l’exposition !
Valérie Delattre (VD), archéo-anthropologue à l’Inrap
Cécile De Collasson (CDC), directrice du Chronographe.