Focus sur l'or

27-04-2019

Pour réaliser Winning Icon, Anne Deleporte a recouvert d’une fine couche d’or un autoportrait photographique. L’oeuvre est issue d’une série intitulée « icônes à gratter » initiée en 1994. Auparavant, cette oeuvre pouvait être grattée à la manière des jeux de loterie « grattez, frottez, gagnez » afin de révéler la photographie dissimulée. Le geste du spectateur est donc sollicité et l'artiste réalise une conjonction entre le quotidien et l’artistique.

Anne Deleporte met effectivement en scène un petit jeu de cache-cache où elle ne cherche pas à voir mais à faire percevoir l’invisible, à le faire deviner. Elle sollicite la participation du spectateur, l’invitant à ôter les masques, à esquiver les pièges, à écarter le voile dont elle va recouvrir les images. Fonds d'or ou blanc d'Espagne, l'artiste rend opaque la vitre ou vitrine qui recouvre l'image. L'œuvre ainsi aveuglée se devine par son ombre, se fait désirer.

Couvrir pour mieux découvrir, dénuder pour mieux habiller, capter l'absence et recréer l'identité, telle est la démarche d'Anne Deleporte. Composée de différentes strates, l'oeuvre évoque ici les gestes des archéologues, qui lors des fouilles ôtent les couches supérieures pour accéder à celles situées en dessous. L’oeuvre révèle également une autre histoire.

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Vue de l'exposition Temps retrouvé, musée des Beaux Arts, Angers, 2010. Crédit photographique : Anne Deleporte.
Anne Deleporte, Winning Icon, 1995, oeuvre de la collection du Frac Pays de la Loire
Pisano Franscesco, La Vierge et l'Enfant, 3e quart du 14e siècle, Musée des Beaux Arts, Angers.

 

Anne Deleporte joue avec l’idée du monochrome en faisant se percuter deux périodes : celle des fonds dorés utilisés pour les icônes religieuses au Moyen-âge et les origines du genre au début du 20e siècle. Ici, elle convoque la question du sacré, l’icône dont il est question est à peine perceptible : sous ce fond doré l’artiste a positionné un portrait. La figuration de l’absence et la matérialisation du mystère atteste et fait resurgir un élément essentiel : la quête mystique d’un artiste comme Malevitch et de nombreux artistes qui se sont consacrés au monochrome.

Peut-on encore parler de portrait ici ? De peinture d’icône ? L’art d’aujourd’hui brouille les frontières, les rend ténues, fragiles. Malgré ces brouillages, le portrait demeure un genre très actuel, qui se décline aujourd’hui avec force à travers le médium photograpique. Anne Deleporte est motivée par le désir, la curiosité et joue irrésistiblement avec nos attentes. Ses images abandonnent leur rôle photographique pour devenir des énigmes. Alors que d’autres artistes s’accrochent à la photographie comme à un ultime espace de représentation, Anne Deleporte s’efforce à occulter l’image photographique par un voile de peinture, ou à faire de ce support une représentation de la peinture.

Le travail de Anne Deleporte est basé sur l’apparition et la disparition des images par le biais de différents medias tels que la photographie, la vidéo ou l’installation. Sa vision non systématique et plurielle évolue par le désir constant de révéler la tactilité du regard. L’image au lieu de construire une apparence devient le lieu d’une apparition : paradoxalement, c’est en disparaissant qu’elle révèle sa nature photographique.

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Stephen Dean et Anne Deleporte,Winning Icon, 2016, Exposition Black and white and red all over, Galerie l'inlassable, Paris. Crédit photographique : Galerie l'inlassable

 

Chez Anne Deleporte, l’apparition de l’image est souvent le fait d’une invention, au sens où l’on « invente » un trésor, ou l’on découvre quelque chose qui existe caché. Les photos d’Anne Deleporte sont des instantanés dont les critères d’élection sont d’abord purement affectifs. Leur beauté ne procède pas du minutieux travail d’un photographe, mais plutôt d’un heureux “clic”. Par un écran ou simplement par leur position elles se transforment en images propres à l’artiste.

Comme un boomerang est une exposition d’art contemporain présentée au Chronographe et conçue en collaboration avec le Frac des Pays de la Loire et le pôle de recherche archéologique de Nantes Métropole. L’exposition propose d’explorer les liens que peuvent partager l’art contemporain avec l’archéologie, en écho au parcours permanent du Chronographe, implanté sur le site antique de Ratiatum. Vingt trois d’œuvres d’artiste internationaux issues de la collection du Frac Pays de la Loire sont ainsi présentées du 9 février au 12 mai au sein de ce centre d’interprétation archéologique.

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Le Chronographe vous invite à réaliser et exposer vos œuvres au Chronographe en grattant une carte aux couleurs cachées.

 

En savoir plus :

• Site Internet de l'artiste
• Exposition Sixinte d'Anne Deleporte en Corse en 2001
• Galerie l'inlassable

Focus sur le Premier geste
20-03-2019

Focus sur Laurent Tixador, artiste exposé dans l'exposition Comme un boomerang et reçu par le Chronographe le dimanche 24 mars 2019