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Néandertal sachant chasser

18-02-2021

Néandertal, ce carnivore armé de son gourdin, transperçant de sa lance un mammouth dans la neige. Il est temps de rendre à Néandertal ce qui appartient à Néandertal : un omnivore qui, certes, chasse en grande partie des mammifères, mais qui chasse aussi le petit gibier, pêche des poissons, ramasse des coquillages, des végétaux ou encore des insectes.

Grotte de l’Hortus vue depuis le sommet du pic Saint-Loup © Creative Commons
Grotte de l’Hortus vue depuis le sommet du pic Saint-Loup © Creative Commons

Néandertal chassait au jour le jour

Faux, la chasse ne peut pas s’improviser, elle demande une anticipation et ce, dès le choix de l’implantation du lieu de vie.
L’implantation d’un campement est en partie imposée par l’accès aux ressources (pour les outils, la nourriture…). En effet, Néandertal est nomade, il se déplace donc régulièrement soit en suivant le déplacement des animaux, soit en s’installant à proximité d’un lieu de passage de troupeaux. Néandertal choisit donc un emplacement stratégique en fonction de la morphologie du terrain (à proximité de points d’eau…), de l’abondance du gibier et de la facilité de la capture. Cela résulte d’une observation précise de l’environnement. Sur le site de la Grotte de l’Hortus (Hérault), les Néandertaliens se sont installés pour de courtes périodes sur ce territoire alors très boisé, dans un premier temps. Puis, une modification du paysage a entraîné l’apparition de prairies. L’emplacement de la grotte devenait alors stratégique puisqu’il offre un point de vue très large sur ces prairies. Suite à cette modification du milieu, les occupations ont été de plus en plus longues et avec une plus grande diversité de gibier chassé. Les Néandertaliens se sont donc adapté aux changements d’environnement.
De même, les stratégies de chasse sont décidées en amont. Elles sont sélectives selon le mode d’abattage, l’âge et le sexe du gibier visé : seuls les animaux dans la force de l’âge sont abattus. Ces choix nécessitent une adaptation des outils et des techniques de chasse. La chasse ne s’improvise donc pas au jour le jour, elle s’anticipe.

Néandertal chassait puis ramenait son butin au campement

Faux, les archéologues mettent régulièrement au jour des haltes de chasse.
Les haltes de chasse sont des lieux à mi-chemin entre le campement et le lieu de chasse. Elles se reconnaissent aux ossements parfois conservés, mais aussi aux outils retrouvés sur ces lieux . Ceux-ci sont différents de ceux mis au jour sur des sites d’habitats : la diversité est moindre, et les éclats bruts sont plus abondants. Le site de Mauran (rive droite de la Garonne, -45 000 à -35 000) en constitue un bon exemple. Des bisons y ont été chassés à plusieurs reprises, principalement des femelles et des jeunes, avant d’être dépecés sur place. Les morceaux découpés ont quant à eux, été apportés sur leur campement. Ce qu’on retrouvé les archéologues sur ce site, ce sont les outils en pierre qui ont servi à la découpe et au dépeçage des animaux, avec de nombreux éclats bruts.

Une morphologie idéale pour la chasse
Une morphologie idéale pour la chasse

Néandertal était un bon chasseur

Vrai, un chasseur hors-pair
Les Néandertaliens hommes et femmes ont une morphologie adaptée à la chasse. Ils sont naturellement musclés avec une structure d’épaule qui permet une bonne amplitude de mouvements, très pratique pour lancer des armes à distance. Leur morphologie est adaptée à courir pieds nus et à grimper rapidement, ce qui est un grand atout pour poursuivre des proies. Tout ceci est complété par une ouïe très fine.  

Sagaie
La chasse à la sagaie

Néandertal chassait, une massue sur l’épaule

Faux, il a développé plusieurs stratégies de chasse en adaptant ses armes.
Les armes de chasse sont souvent difficiles à repérer puisque la plupart sont en partie constituées de matériaux organiques, disparus avec le temps. Cependant, les archéologues ont déterminé que Néandertal fabrique une grande variété d’armes de chasse différentes selon le gibier visé, et selon la technique d’attaque.
La massue est une arme fréquemment associée à Néandertal. Totalement en bois, donc potentiellement disparue avec le temps, cette arme ne peut être qu’être supposée puisqu’elle n’est attestée sur aucun site. En revanche, des blocs de pierre appelés “coup de poing” (arme tenue en main) ont bien été utilisés pour la chasse. Les Néandertaliens utilisent aussi des couteaux (armes d’estoc), ou des épieux (armes d’hast). Ces armes, consacrées au corps à corps, imposent d’être très proches de l’animal visé, ce qui peut être un inconvénient. Pour pallier à cela, des pierres, bâtons ou lances (armes de jet) sont utilisées à distance, permettant aux chasseurs de rester à environ 15 – 20 m du gibier.
Néandertal a développé trois techniques de chasse. La poursuite (ou battue) consiste à rabattre les animaux vers un groupe de chasseurs, ou vers un piège. Cette technique est rare car elle nécessite une quantité importante d’énergie. Une technique plus souvent mise en place est l’approche, autrement dit une chasse utilisant le camouflage ou la ruse. La dernière technique demande du matériel supplémentaire, c’est l’affût. Pour cela, l’animal est attiré grâce à des appeaux, des appâts ou des leurres.
Loin des représentations contemporaines, Néandertal est un grand stratège qui sait adapter son armement et ses techniques de chasse à son environnement, et au gibier visé.

Reconstitution d’une scène de chasse au mammouth © Creative Commons
Reconstitution d’une scène de chasse au mammouth © Creative Commons

Néandertal chassait principalement de grands mammifères

Vrai, 80 % de l’alimentation des Néandertaliens est composée de mammifères.
Néandertal est en grande majorité carnivore. Il consomme principalement des grands herbivores, et plus particulièrement des espèces grégaires (qui vivent en troupeaux) et migratrices comme le bison, le renne ou encore le cheval. Il lui arrive aussi parfois de se nourrir d’aurochs et de sangliers. Plus rarement, il se nourrit de grands mammifères à l’instar du rhinocéros laineux ou du mammouth, cependant, ces derniers ne sont pas chassés car cela demande plus de moyens humains et des stratégies de chasse différentes. Néandertal préfère alors s’approvisionner en grands mammifères par charognage.

Ossements de lapins issus de Pié Lombard (Alpes-Maritimes) © Maxime Pelletier
Ossements de lapins issus de Pié Lombard (Alpes-Maritimes) © Maxime Pelletier

La chasse du petit gibier n’était qu’anecdotique

Faux, de plus en plus de sites révèlent une chasse du petit gibier très répandue et ce, dès -250 000.
Le petit gibier (lièvres, lapins, oiseaux, œufs, ...) fait aussi partie du programme de chasse de Néandertal. Il peut être chassé de deux manières : à la main, ou avec un piège (un collet, un filet ou des pièges en matériaux organiques). Malheureusement, ces pièges laissent des traces trop ténues pour les repérer ou ont disparu.
À Pié Lombard (Alpes-Maritimes, -70 000), une des plus importantes accumulations de petit gibier a été mise au jour avec plus de 200 lapins chassés par Néandertal ! Sur un autre site, à la Grotte de l’Hortus (Herault), ce sont des oiseaux qui ont été chassés, et notamment des Columba livia (oiseau proche du pigeon) et Alectoris (oiseau proche des perdrix). Les archéologues ont compris qu’ils avaient été chassés par l’homme car ils n’apparaissent sur le site qu’au moment où Néandertal s’est installé, ni avant, ni après. Ces oiseaux complètent le repas des Néandertaliens sur ce site.

Restes de crabes dormeurs issus de Figueira Brava (Portugal) ©Mariana Nabais/ João Zilhão
Restes de crabes dormeurs issus de Figueira Brava (Portugal) ©Mariana Nabais/ João Zilhão

Néandertal ne chassait que les animaux terrestres

Faux, Néandertal consommait aussi des produits issus de la mer, des lacs ou des rivières.
La consommation de poissons, coquillages et animaux marins par Néandertal est difficile à montrer car la recherche souffre des problèmes de conservation, et certains sites qui attestaient de cette consommation ont longtemps été attribués à tort à l’homme moderne. C’est pour ces raisons que ce sujet d’étude est encore jeune. Cependant, certains sites (rares) sortent du lot et prouvent cette consommation par Néandertal.
Récemment, le site de Payre (Ardèche, -250 000) a livré des outils lithiques qui ont conservé des traces d’écaillage de poissons. Ces traces imprimées sur la pierre sont l’un des rares témoins de cette consommation, tout comme les restes d’arêtes. Grâce à l’étude de ces vestiges, les spécialistes de la Préhistoire ont déterminé que Néandertal pêchait à la fois des poissons d’eau douce comme le brochet, la truite ; mais aussi des poissons d’eau de mer comme le grand saumon de la mer noire.
Outre la pêche aux poissons, Néandertal a pu s’approvisionner en mammifères marins par charognage. Dans les grottes de Vanguard et de Gorham, des ossements de phoques et de dauphins ont été mis au jour, et consommés. Ils ont probablement été récupérés échoués sur la plage.
Les coquillages faisaient aussi partie du repas et ce, dès -150 000. En effet, plusieurs sites de la Péninsule Ibérique ont livré des restes parfois cuits, de moules, de patelles, d’oursins ou encore d’escargots de mer. Le site de Figueira Brava (Portugal, -106 000 à -86 000), en est un bon exemple puisqu’il a livré des restes de crabes, de poissons, et autres mollusques.
Ainsi, pour s’alimenter, Néandertal ne se contentait pas des produits terrestres, il les complétait avec des poissons, des mammifères marins et des coquillages.

Mâchoire de l’homme de Spy (Belgique) © Royal Belgian Institute of Natural Sciences.
Mâchoire de l’homme de Spy (Belgique) © Royal Belgian Institute of Natural Sciences.

Néandertal n’était pas que chasseur, il était aussi cueilleur

Vrai, Néandertal faisait partie des chasseurs-cueilleurs
Effectivement, Néandertal cueille, mais cet aspect de son alimentation est complexe à mettre en avant. Ces végétaux ne sont attestés que grâce aux graines, aux pollens, et à l’analyse des phytolithes (micro-végétaux coincés dans la plaque dentaire). En revanche, aucun vestige de panier ou de récipient pour récolter les végétaux n’a été conservé.
À cette époque, rien n’était cultivé, les végétaux essentiellement sauvages sont donc constitués de baies, de légumineuses, tubercules, racines, féculents… Des fleurs et feuilles de nénuphars ont été consommés à Spy (Belgique), et d’autres études ont montré une consommation de dattes, de châtaignes ou encore de glands.

Néandertal ne chassait pas que pour se nourrir

Vrai, tout était récupéré pour être réutilisé !
Après avoir chassé, Néandertal récupère les chairs, les ossements, les bois des cervidés, la fourrure, la peau, les tendons… Ces ressources servent en grande partie à l’alimentation, mais aussi à l’architecture, aux vêtements…

Conclusion

La chasse, la pêche, le charognage et le ramassage sont des sujets qui intéressent les archéologues depuis une vingtaine d’années seulement, réunissant des chercheurs de tous horizons qui étudient les animaux, les mollusques et coquillages, les pollens, les graines, les ossements humains, les sédiments, les traces sur les outils, les outils en eux-mêmes…

Véritable acte social pour Néandertal, l’acquisition de la nourriture forge des souvenirs et des expériences, transmises aux plus jeunes. Grâce aux stratégies qui augmentent la cohésion du groupe,  elle soude les relations entre hommes et femmes chasseurs / pêcheurs / cueilleurs. Ils ramènent ensuite la nourriture au campement et la partagent avec les enfants et personnes âgées. Néandertal est donc loin de l’image d’un homme rustre partant chasser le mammouth, une massue sur l’épaule.

Pour en savoir plus

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Madame Néandertal
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