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Soyez sympas, recyclez : recyclage du verre antique

18-06-2021


Du verre brisé


Les artisans verriers recyclaient abondamment le verre dès l’Antiquité, grâce à une collecte de verre brisé et des déchets issus de la fabrication. Le verre collecté était ensuite stocké dans un dépotoir à proximité de l'atelier du verrier, avant d'être recyclé par ce dernier. On sait ainsi que, dès le 1er siècle avant notre ère, ce groisil (les fragments de verre recyclé) est parfois commercialisé à plus ou moins longue distance. Si aucun texte antique ne traite spécifiquement de ce recyclage, les traces archéologiques, les analyses physico-chimiques et l'archéologie expérimentale viennent compléter ces connaissances.

Verres à recycler (groisil), Atelier PiVerre © Le Chronographe
Verres à recycler (groisil), Atelier PiVerre © Le Chronographe

Recycler pour mieux fabriquer


Contrairement à nos considérations actuelles vis-à-vis du recyclage, la collecte du verre en vue de son recyclage durant l'Antiquité n'avait pas de visées écologiques. Ses avantages, et donc les raisons qui poussaient les artisans antiques à recycler le verre, sont multiples. Recycler le verre présente tout d’abord des avantages techniques. En effet, le matériau n’était pas fabriqué en Europe, mais était importé du Moyen-Orient sous la forme de blocs de verre. La recette du verre ainsi que l’accès aux matières premières (sable et natron) n’était connue qu’au Moyen-Orient. Grâce au recyclage, les verriers européens pouvaient travailler le verre sans en maîtriser la recette de fabrication.

Le verre recyclé permettait aussi de faire chauffer moins fort le sable et le natron pour qu’ils deviennent du verre dans les ateliers du Proche-Orient. Dans les ateliers européens aussi, le verre recyclé accélérait le processus de fusion, qu’il soit refondu seul ou en complément de blocs de verre importés. L’intérêt est également économique. Le verre une matière exotique réalisée à partir de plusieurs ingrédients onéreux. Le coût de production et d’importation étant élevés, le recyclage évitait de payer pour ces matières premières en exploitant au maximum les stocks à disposition.

 

Illustration d’un atelier de verrier antique utilisant du groisil en arrière-plan © Marc-Olivier NADEL
Illustration d’un atelier de verrier antique utilisant du groisil en arrière-plan © Marc-Olivier NADEL

Les rezéens, de bons élèves pour le recyclage durant l’Antiquité


Plusieurs centaines de fragments de verre brisés ont été entreposés dans une ancienne carrière, à proximité de l’atelier de verrier de La Bourderie à Rezé (Loire-Atlantique), à la fin du 1er siècle. Ils étaient destinés à être recyclés pour fabriquer de nouveaux récipients. L’abondance de ce groisil, et la faible quantité de verre brut découvert sur l’agglomération de Ratiatum indique d'ailleurs que cet atelier privilégiait le recyclage à l’importation. Le verre une fois refondu a servi à fabriquer des récipients pour boire, pour stocker des marchandises, etc.

Un éclat de verre dans le pied des archéologues


Ce recyclage systématique des objets brisés était efficace, à tel point que les spécialistes du verre ne peuvent étudier qu’une petite partie des objets en verre : ceux qui n’ont pas été recyclés. La connaissance de ce matériau est donc partielle.

Aujourd'hui encore, les récipients en verre sont recyclés : plus que d'autres matériaux, le verre, sans ajout d’autres ingrédients, peut se recycler à l’infini. Le matériau recyclé peut constituer jusqu'à 80 % de la matière première d'un récipient en verre.

Pour continuer à recycler

    • VICHY M., THIRION-MERLE V. et PICON M., « Note sur le recyclage du verre dans l’Antiquité et sur les groupes de recyclage », Bulletin de l'AFAV, 2007, pp. 55-57.
    • La Maison du Développement Durable à Rezé : https://www.reze.fr/pratique/developpement-durable/la-maison-du-dd/
    • L'article de Futura Planète sur le recyclage du verre à la verrerie de Béziers : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-coulisses-recyclage-verrerie-beziers-21782/